L’Afrique subsaharienne franchit une étape décisive dans sa transition énergétique avec le lancement officiel, ce 9 juillet 2026, de la Première Zone Continentale d’Échanges d’Énergies Renouvelables (ZCEER). Portée par la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union Africaine, cette initiative vise à interconnecter les réseaux électriques de 15 pays afin de mutualiser les ressources solaires, éoliennes et hydroélectriques. Une avancée majeure qui pourrait réduire de 30 % les coûts énergétiques pour des millions de citoyens, tout en accélérant la lutte contre le changement climatique sur le continent.
Un projet ambitieux pour briser l’isolement énergétique
Depuis des décennies, les pays africains dépendent largement des énergies fossiles importées ou de centrales thermiques coûteuses, tout en exploitant des ressources renouvelables souvent sous-utilisées. La ZCEER change la donne en créant un marché régional intégré. Le Sénégal, le Mali et le Niger, par exemple, partageront leur surplus d’énergie solaire avec des pays comme le Ghana ou la Côte d’Ivoire, où la demande dépasse l’offre locale. Selon les experts de l’Agence Internationale pour les Énergies Renouvelables (IRENA), cette interconnexion pourrait générer jusqu’à 10 gigawatts de capacité supplémentaire d’ici 2030, soit l’équivalent de six grands barrages hydroélectriques.
Les défis logistiques restent immenses : modernisation des infrastructures, harmonisation des normes techniques et sécurisation des investissements. « La ZCEER n’est pas un simple projet technique, c’est une révolution géopolitique », souligne Dr. Amina Ben Ali, directrice du Centre Africain d’Études Énergétiques. Les États membres ont déjà mobilisé 2,5 milliards de dollars via des partenariats public-privé, avec un appui crucial de la Banque Africaine de Développement et de l’Union Européenne.
Les enjeux socio-économiques et environnementaux
L’impact social de la ZCEER sera immédiat. Dans des zones rurales comme le Sahel ou la vallée du Nil, l’accès à l’électricité reste inégal : seulement 48 % de la population en a bénéficié en 2025, contre 80 % en Afrique du Nord. Grâce à ce réseau, des villages entiers pourraient être électrifiés en moins de deux ans, stimulant l’agriculture, les petites entreprises et les services de santé. « Une femme entrepreneure au Bénin pourra désormais alimenter son atelier de transformation de manioc la nuit, grâce à l’énergie solaire du Nigeria », explique Koffi Adébayo, économiste à l’Université de Lomé.
Sur le plan environnemental, la ZCEER s’inscrit dans les engagements de l’Accord de Paris pour l’Afrique. Les émissions de CO₂ du secteur énergétique pourraient chuter de 25 % d’ici 2035, selon les projections de l’Observatoire du Climat en Afrique. Cependant, des ONG comme Greenpeace Afrique alertent sur les risques de privatisation abusive des ressources : « Sans cadre réglementaire strict, les multinationales pourraient capter les bénéfices au détriment des communautés locales », avertit Fatoumata Sow, coordinatrice régionale.
Alors que l’Afrique abrite 60 % des meilleures ressources solaires mondiales et 30 % du potentiel hydroélectrique, la ZCEER marque le début d’une ère où le continent pourrait ne plus dépendre des importations d’énergie. Si les premières interconnexions sont prévues dès 2027 entre le Sénégal et la Gambie, les défis de gouvernance et de financement nécessiteront une coopération sans faille entre États. Une chose est sûre : avec cette zone, l’Afrique écrit une nouvelle page de son indépendance énergétique, tout en offrant un modèle pour le reste du monde. L’enjeu désormais ? Transformer cette ambition en réalité concrète pour les 1,4 milliard d’Africains.