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Actualité africaine — 06/07/2026 23:00

Alors que l’Afrique subsaharienne s’apprête à franchir un cap décisif dans sa transition numérique, le sommet annuel sur l’économie digitale du continent, qui s’est tenu à Nairobi du 4 au 6 juillet 2026, a révélé des avancées majeures mais aussi des défis persistants. Organisé sous l’égide de la Banque africaine de développement (BAD) et en partenariat avec des géants technologiques comme Google et Huawei, cet événement de trois jours a réuni plus de 2 000 participants, dont des chefs d’État, des ministres, des entrepreneurs et des représentants de la société civile. Au cœur des discussions : l’intégration des technologies émergentes, l’inclusion numérique et la souveraineté technologique, dans un contexte où l’Afrique entend jouer un rôle central dans la quatrième révolution industrielle.

Une feuille de route ambitieuse pour l’inclusion numérique

L’un des principaux enseignements du sommet réside dans l’adoption d’une Stratégie panafricaine pour l’inclusion numérique 2026-2030, présentée par le président de la BAD, Akinwumi Adesina. Ce plan, doté d’un budget de 50 milliards de dollars sur cinq ans, vise à connecter les 60 % d’Africains encore privés d’accès à internet, principalement en zones rurales et dans les communautés défavorisées. Parmi les mesures phares : le déploiement de réseaux 5G dans 30 pays d’ici 2028, la création de 100 hubs technologiques régionaux et la formation de 10 millions de jeunes aux métiers du numérique. « L’Afrique ne peut se permettre de rater cette révolution, car le numérique est le levier de notre croissance future », a déclaré Adesina lors de son allocution.

Les engagements concrets ne se sont pas fait attendre. Le Kenya, hôte du sommet, a annoncé un partenariat avec Meta pour étendre la couverture internet via des drones solaires, tandis que la Côte d’Ivoire a lancé un fonds de 1 milliard de dollars dédié aux start-up locales. Cependant, des experts comme la économiste nigériane Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’OMC, ont souligné les obstacles structurels : « Le coût élevé des infrastructures, les régulations fragmentées et la fuite des cerveaux vers l’étranger restent des freins majeurs. Sans une coopération régionale renforcée, ces initiatives risquent de creuser les inégalités. »

Souveraineté technologique : entre opportunités et dépendances

Autre point saillant du sommet : la question de la souveraineté technologique, devenue un enjeu géopolitique en Afrique. Face à l’hégémonie des plateformes américaines et chinoises, plusieurs pays ont réaffirmé leur volonté de développer des solutions locales. Le Rwanda, déjà pionnier avec son projet de « smart city » à Kigali, a dévoilé un partenariat avec l’entreprise sud-africaine Jumo pour créer une monnaie numérique panafricaine, alternative aux cryptomonnaies étrangères. « Nous ne voulons plus dépendre des solutions extérieures pour des besoins aussi critiques que les paiements ou la cybersécurité », a expliqué la ministre rwandaise des TIC, Paula Ingabire.

Pourtant, les défis sont immenses. Selon un rapport de l’African Union Development Agency (AUDA-NEPAD), seulement 22 % des données africaines sont stockées localement, le reste étant hébergé à l’étranger. Cette dépendance expose le continent à des risques de surveillance ou de censure, comme l’a illustré la récente crise entre l’Éthiopie et des fournisseurs de cloud américains. « L’Afrique doit construire ses propres data centers et former des experts en cybersécurité », a plaidé le ministre sénégalais des Postes et Télécommunications, Yankhoba Diattara. Des initiatives comme Afriq’IT, lancée par l’Union africaine en 2025, commencent à porter leurs fruits, mais leur impact reste limité sans un financement accru.

En définitive, le sommet de Nairobi a confirmé que l’Afrique, malgré ses ressources limitées, est déterminée à transformer le numérique en un pilier de son développement. Les annonces sont prometteuses, mais leur succès dépendra de la capacité des États à surmonter les divisions, à investir dans l’éducation et à attirer les investissements sans sacrifier leur indépendance. Comme l’a résumé un participant camerounais : « Le numérique peut être notre pétrole, à condition de ne pas le laisser fuir entre les mains des autres. » Une chose est sûre : les prochains mois seront décisifs pour savoir si l’Afrique parviendra à concrétiser cette ambition.

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