Économie Environnement International

Actualité africaine — 04/07/2026 16:59

Le 4 juillet 2026, l’Afrique subsaharienne franchit une étape historique avec le lancement officiel du marché commun africain des énergies renouvelables (MACER), un projet ambitieux visant à accélérer la transition énergétique continentale. Initié sous l’égide de l’Union africaine, ce mécanisme s’inscrit dans la continuité de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), mais avec un focus inédit sur les ressources vertes, les infrastructures partagées et la réduction de la dépendance aux importations d’énergies fossiles. Selon les dernières données de la Banque africaine de développement (BAD), le continent pourrait couvrir jusqu’à 30 % de ses besoins énergétiques d’ici 2030 grâce à des projets transfrontaliers comme le MACER.

Un cadre juridique et financier innovant pour booster les investissements

Le MACER repose sur trois piliers : un fonds souverain continental doté de 5 milliards de dollars (contribués par 25 pays africains et des partenaires internationaux), un système de tarification régionale unifiée pour encourager les échanges d’électricité verte, et des garanties juridiques pour sécuriser les investisseurs privés. Le Sénégal, le Kenya et l’Éthiopie ont déjà signé des accords-cadres pour des parcs solaires et éoliens interconnectés, avec une capacité totale de 12 GW prévue d’ici 2028. « Ce projet marque un tournant, car il combine souveraineté énergétique et création d’emplois locaux », déclare le ministre sénégalais de l’Énergie, Macky Sall (fils de l’ancien président Macky Sall), lors d’une conférence de presse à Dakar.

Cependant, des défis persistent. Plusieurs analystes pointent du doigt les retards dans les infrastructures de transport (lignes à haute tension, interconnexions) et les disparités régionales : l’Afrique de l’Est et du Nord, déjà en avance sur les énergies renouvelables grâce à des politiques volontaristes (comme l’Égypte avec ses centrales solaires géantes), bénéficiera davantage des retombées du MACER que l’Afrique centrale, où les réseaux sont moins développés. « Sans une harmonisation des normes et des investissements ciblés dans les zones enclavées, le risque est de creuser les inégalités », avertit l’économiste kényane Wangari Maathai, lauréate du prix Nobel de la paix.

Impact géopolitique et réactions des acteurs internationaux

La création du MACER s’accompagne d’une diplomatie énergétique renouvelée, notamment avec l’Union européenne et la Chine. Bruxelles a promis un soutien technique et financier de 1,2 milliard d’euros pour des projets hydroélectriques en RDC et en Zambie, tandis que Pékin a réaffirmé son engagement via des prêts concessionnels pour des centrales solaires au Nigeria et en Angola. « L’Afrique n’est plus un simple fournisseur de matières premières, mais un acteur clé de la transition mondiale », souligne la directrice du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) en Afrique, Elizabeth Maruma Mrema.

Côté opposition, certains pays comme le Nigeria – premier producteur africain de pétrole – expriment des réserves, craignant une perte de revenus à court terme. « Nous devons équilibrer notre transition avec la stabilité de nos économies », a déclaré le gouverneur de la Banque centrale nigériane, Godwin Emefiele, lors d’un sommet à Abuja. En réponse, les partisans du MACER rappellent que le continent dispose de ressources solaires et éoliennes inégalées (60 % du potentiel mondial selon l’IRENA), et que les coûts des énergies fossiles deviennent insoutenables avec les fluctuations des prix du baril.

Avec le MACER, l’Afrique s’engage dans une course contre la montre pour concilier croissance économique et durabilité. Si le projet parvient à lever les obstacles structurels, il pourrait servir de modèle pour d’autres régions du Sud global. Reste à savoir si la volonté politique – souvent fluctuante en période de crises – saura tenir ses promesses. Une chose est sûre : le continent écrit aujourd’hui une nouvelle page de son histoire énergétique.

À lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *