Le 3 juillet 2026 marque une étape cruciale pour le continent africain avec l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange continental africain (ZLECAf), une initiative historique visant à stimuler l’intégration économique et à renforcer la résilience des économies locales. Après des années de négociations complexes et de retards liés à la pandémie de Covid-19, cette phase opérationnelle ouvre désormais la voie à une transformation structurelle majeure. Selon les experts de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), cette zone de libre-échange pourrait générer jusqu’à 450 milliards de dollars de revenus supplémentaires d’ici 2035, tout en créant des millions d’emplois. Pourtant, des défis persistants, notamment les barrières non tarifaires et les infrastructures logistiques défaillantes, menacent de freiner cette dynamique.
Un marché continental enfin unifié
Avec l’adhésion de 54 des 55 États membres de l’Union africaine (seule l’Érythrée reste en retrait), la ZLECAf représente le plus grand espace économique intégré au monde depuis la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 1995. Son objectif principal est de réduire de 90 % les droits de douane sur les échanges intra-africains d’ici 2030, favorisant ainsi la circulation des biens et services. Des pays comme le Nigeria, première économie du continent, et l’Égypte, porte d’entrée vers le Moyen-Orient, y voient une opportunité de diversifier leurs exportations au-delà des matières premières. « Ce marché unique offre une chance unique de briser la dépendance aux puissances étrangères », souligne Akinwumi Adesina, président de la Banque africaine de développement (BAD).
Les secteurs les plus prometteurs incluent l’agroalimentaire, les technologies vertes et la pharmaceutique. Par exemple, le Rwanda et le Kenya pourraient devenir des hubs régionaux pour les médicaments génériques, tandis que le Maroc mise sur les énergies renouvelables pour alimenter une partie de l’Afrique subsaharienne. Cependant, des obstacles majeurs subsistent. Les routes transfrontalières, souvent en mauvais état, et les coûts logistiques élevés (jusqu’à 50 % du prix des marchandises en Afrique de l’Est) risquent de limiter l’impact immédiat de l’accord. « Sans investissements massifs dans les infrastructures, la ZLECAf ne sera qu’un marché virtuel », alerte un rapport de l’OCDE publié en juin 2026.
Obstacles persistants et solutions envisagées
Parmi les défis les plus criants figurent les disparités économiques entre pays. Les économies diversifiées comme l’Afrique du Sud ou la Côte d’Ivoire pourraient tirer pleinement parti du libre-échange, tandis que les États fragiles comme la Somalie ou le Soudan du Sud peinent à se connecter aux chaînes de valeur régionales. Pour atténuer ces inégalités, la Banque africaine de développement a lancé en 2025 un fonds de 10 milliards de dollars dédié aux infrastructures et à la formation des PME. « L’inclusion économique doit être au cœur de la ZLECAf pour éviter une marginalisation des pays les moins avancés », insiste Zorba Marcel, économiste à l’UNECA.
Un autre enjeu critique réside dans la convergence des normes industrielles et sanitaires. Les différences de réglementations entre pays (par exemple, les normes alimentaires au Nigeria et au Ghana) compliquent les échanges. La Commission africaine a donc lancé une plateforme numérique en mai 2026 pour harmoniser les procédures douanières. Par ailleurs, la question des devises reste épineuse : les pays comme le Nigeria, qui imposent des restrictions sur l’accès aux dollars, pourraient freiner les échanges avec leurs voisins. Des mécanismes de compensation, inspirés des unions monétaires asiatiques, sont à l’étude pour contourner ce problème.
Sur le plan politique, la mise en œuvre de la ZLECAf dépendra aussi de la stabilité des États. Les coups d’État récents au Niger et au Burkina Faso ont montré la vulnérabilité des régimes face aux crises sécuritaires, qui peuvent détourner les priorités économiques. « La paix et la bonne gouvernance sont des prérequis indispensables pour que l’Afrique tire profit de sa zone de libre-échange », rappelle Fatima Kyari Mohammed, représentante de l’Union africaine à l’ONU.
Alors que l’Afrique entre dans une nouvelle ère commerciale, l’Accord de libre-échange continental africain représente à la fois une promesse et un test. Si les pays membres parviennent à surmonter leurs divisions et à investir dans des infrastructures adaptées, la ZLECAf pourrait devenir le moteur d’une renaissance économique africaine. Dans le cas contraire, elle risquerait de rester un texte symbolique, loin des aspirations panafricaines. Une chose est sûre : les six prochains mois seront décisifs pour évaluer la viabilité de ce projet ambitieux.