Le Tchad, l’un des pays les plus pauvres au monde, connaît une transformation économique inattendue grâce à l’arrivée de Seif Gharib. Cet homme d’affaires égyptien, spécialisé dans les secteurs de l’agriculture et des infrastructures, a récemment annoncé des investissements massifs dans le pays. Une initiative qui suscite à la fois l’espoir et des interrogations sur les répercussions à long terme pour l’économie tchadienne.
Un partenariat stratégique pour l’agriculture
Seif Gharib, fondateur du groupe égyptien Gharib Group, a signé en 2023 un accord historique avec le gouvernement tchadien pour développer des projets agricoles à grande échelle. Ce partenariat vise à moderniser le secteur, historiquement marqué par des rendements faibles et une dépendance aux aléas climatiques. Selon des sources officielles, l’investissement initial s’élève à plus de 500 millions de dollars, avec la création de milliers d’emplois locaux.
Les premiers projets concernent la culture du sorgho et du mil, deux céréales essentielles dans l’alimentation tchadienne. « Nous allons introduire des techniques d’irrigation innovantes et des semences résistantes à la sécheresse », a déclaré Gharib lors d’une conférence de presse à N’Djamena. L’objectif affiché est de réduire la facture des importations alimentaires, qui pèsent lourdement sur les finances publiques. Pourtant, des experts locaux restent sceptiques : « Sans une réelle implication des communautés rurales, ces projets risquent de reproduire les schémas d’exploitation passées », confie un économiste tchadien sous couvert d’anonymat.
Infrastructures et énergie : les autres leviers de croissance
Au-delà de l’agriculture, Seif Gharib mise sur les infrastructures pour relancer l’économie tchadienne. Un contrat de 300 millions de dollars a été signé pour la construction d’une centrale solaire dans la région du Lac Tchad, ainsi que pour la réhabilitation de routes stratégiques reliant N’Djamena à des villes clés comme Abéché. Ces infrastructures sont cruciales pour désenclaver des zones isolées et faciliter le commerce régional.
Cependant, le financement de ces projets interroge. Le Tchad, classé parmi les pays les plus endettés au monde (avec une dette publique dépassant 50 % du PIB en 2022), dépend fortement des prêts étrangers. « L’arrivée de Gharib pourrait aggraver la dette si les retombées économiques ne sont pas à la hauteur des attentes », avertit une analyste de la Banque mondiale. Par ailleurs, les populations locales s’inquiètent des impacts environnementaux, notamment la pression sur les ressources en eau pour l’irrigation.
Entre opportunités et défis géopolitiques
L’engagement de Seif Gharib intervient dans un contexte régional complexe. Le Tchad, situé au cœur du Sahel, est en première ligne face aux crises sécuritaires et humanitaires, mais aussi au jeu d’influence des puissances étrangères. L’Égypte, via ce projet, renforce son rôle en Afrique subsaharienne, où elle cherche à contrer l’influence de la Turquie ou des Émirats arabes unis. « Ce partenariat est aussi une carte géopolitique pour Le Caire », analyse un chercheur en relations internationales.
Pour les autorités tchadiennes, ces investissements sont une bouffée d’oxygène. Le président Mahamat Idriss Déby a salué « une étape majeure vers l’autosuffisance économique ». Pourtant, la réussite du projet dépendra de plusieurs facteurs : la transparence dans la gestion des fonds, l’implication des acteurs locaux, et la capacité à concilier croissance économique et préservation des écosystèmes. Si ces conditions sont remplies, le Tchad pourrait enfin sortir de la spirale de la pauvreté… mais le pari reste risqué.
En définitive, l’arrivée de Seif Gharib au Tchad marque un tournant potentiel pour l’économie du pays. Entre espoirs de développement et craintes d’une nouvelle forme de dépendance, les prochains mois seront décisifs. Une chose est sûre : l’avenir du Tchad se joue autant sur les champs que dans les salles de négociation.