Le 29 juin 2026 marque une date charnière pour le continent africain, alors que les dirigeants du continent se réunissent à Addis-Abeba pour le 40e sommet ordinaire de l’Union africaine (UA). Cet événement, qui s’ouvre sous le thème « Industrialisation de l’Afrique : leviers d’une croissance inclusive et durable », intervient dans un contexte économique mondial incertain et de tensions géopolitiques accrues. Au cœur des débats : la nécessité de transformer les ressources africaines en valeur ajoutée locale, tout en répondant aux défis climatiques et sociaux qui freinent le développement.
Un sommet sous haute tension économique et géopolitique
L’Afrique fait face à des défis sans précédent. Selon les dernières projections de la Banque africaine de développement (BAD), la croissance du PIB continental devrait ralentir à 3,2 % en 2026, contre 4,1 % en 2025, en raison de la volatilité des prix des matières premières et de la hausse des coûts de la dette. « L’industrialisation n’est plus une option, mais une urgence », a déclaré le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, lors de l’ouverture des travaux. Les participants devront notamment examiner les mécanismes de financement innovants, comme les « obligations vertes africaines », destinées à mobiliser 150 milliards de dollars d’ici 2030 pour des projets industriels durables.
La question de la dette, qui pèse à hauteur de 70 % du PIB de certains pays, sera au centre des discussions. Le sommet devrait valider le lancement d’un « Fonds africain de résilience économique », proposé par le Nigeria et soutenu par l’Éthiopie. Ce mécanisme vise à restructurer les dettes des pays les plus vulnérables, en échange d’engagements en faveur de réformes structurelles. « Sans allègement, l’Afrique risque de perdre une décennie de développement », a averti l’économiste kényane Wangari Maathai, invitée comme experte.
L’industrialisation, un impératif face aux crises climatiques et technologiques
Le thème de cette année reflète une prise de conscience : l’Afrique ne peut plus se contenter d’exporter des matières premières. Le continent, qui abrite 30 % des réserves mondiales de minerais critiques (cobalt, lithium, terres rares), ambitionne de développer ses propres filières industrielles, notamment dans les énergies renouvelables et les technologies vertes. « L’Afrique doit passer de l’exportation de lithium brut à la production de batteries », a souligné le ministre marocain de l’Industrie, Moulay Hafid Elalamy, lors d’une conférence de presse.
Cependant, des obstacles majeurs subsistent. Les infrastructures énergétiques, insuffisantes dans 60 % des pays, limitent la compétitivité industrielle. Le projet de « Zone de libre-échange continentale africaine » (ZLECAf), lancé en 2021, peine à décoller : seulement 45 % des tarifs douaniers ont été supprimés, et les barrières non tarifaires restent élevées. « Le manque de connectivité routière et ferroviaire entre les pays africains coûte 2 % de croissance annuelle », rappelle l’expert en commerce international Adebayo Adedeji.
Autre défi de taille : la transition numérique. L’Afrique, qui compte le taux de pénétration d’Internet le plus rapide au monde (40 % de croissance annuelle), voit émerger des écosystèmes technologiques dynamiques (Nigeria, Kenya, Afrique du Sud). Pourtant, l’accès aux financements pour les startups reste inégal, avec 80 % des fonds levés concentrés dans trois pays seulement. « Sans écosystèmes financiers solides, l’Afrique risque de devenir un consommateur de technologies plutôt qu’un producteur », met en garde la chercheuse nigériane Ifeoma Ozoma.
Alors que les chefs d’État africains quittent Addis-Abeba avec des déclarations d’intention ambitieuses, la mise en œuvre des engagements pris lors de ce sommet s’annonce complexe. L’industrialisation ne se décrète pas : elle exige des réformes profondes, une coopération régionale renforcée et des partenariats internationaux équilibrés. Pour l’Afrique, 2026 pourrait être l’année où le continent passe des discours aux actes – ou celle où les inégalités s’accentuent. Une chose est sûre : l’histoire jugera les dirigeants sur leur capacité à transformer les promesses en résultats concrets.