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سيفي غريب يحلّ بتشاد – اقتصاد : الخبر

Au Tchad, l’arrivée du Premier ministre Succès Masra suscite à la fois des espoirs et des interrogations. Ancien ministre de l’Économie et des Partenariats publics-privés sous le régime de transition, Masra incarne une nouvelle génération de dirigeants africains déterminés à relancer l’économie du pays. Son retour après des années d’exil, marqué par un parcours académique et professionnel impressionnant, soulève des questions sur sa capacité à relever les défis économiques tchadiens, parmi les plus complexes du continent.

Un profil technocrate pour un pays en crise

Diplômé de l’École nationale d’administration (ENA) française et de l’Université de Paris, Succès Masra a bâti sa réputation dans la gestion macroéconomique et la réforme des secteurs stratégiques. Son passage au ministère de l’Économie entre 2021 et 2022 fut marqué par des tentatives de modernisation du système fiscal et de diversification de l’économie, alors que le Tchad reste largement dépendant des hydrocarbures (60 % de ses recettes budgétaires). Cependant, ses réformes se heurtèrent à des résistances internes et à une conjoncture internationale défavorable, notamment la chute des prix du pétrole en 2020.

Spécialiste des questions de dette et de gouvernance, Masra a également travaillé pour la Banque africaine de développement (BAD) et le Fonds monétaire international (FMI), où il a acquis une expertise reconnue dans la négociation de programmes d’ajustement structurel. Son expérience internationale pourrait s’avérer cruciale pour attirer des investissements étrangers, alors que le Tchad peine à diversifier son économie et à réduire sa dépendance aux exportations d’hydrocarbures. Pourtant, son retour au pouvoir coïncide avec une période de tensions sociales et de méfiance envers les élites politiques, héritage des décennies de gouvernance autoritaire sous Idriss Déby.

Les défis économiques immédiats : dette, chômage et insécurité

Le Tchad fait face à une situation économique critique. Avec une dette publique représentant plus de 50 % du PIB et un déficit budgétaire chronique, le pays dépend largement de l’aide internationale, notamment des institutions financières comme le FMI, qui a approuvé en 2023 un programme d’assistance de 129 millions de dollars. Masra devra négocier avec ces partenaires pour obtenir des financements supplémentaires, tout en évitant de nouvelles mesures d’austérité qui pourraient aggraver la pauvreté déjà endémique.

Le chômage des jeunes, estimé à plus de 30 % selon la Banque mondiale, et l’exode rural posent des défis sociaux majeurs. Le secteur informel, qui emploie près de 80 % de la population active, reste peu structuré et tributaire des aléas climatiques. Par ailleurs, l’insécurité persistante dans les régions du nord et de l’est, exacerbated par les activités des groupes armés et les tensions intercommunautaires, décourage les investissements privés et fragilise la stabilité macroéconomique.

Sur le plan énergétique, le Tchad mise sur le développement de ses ressources pétrolières (notamment le champ de Bongor) et sur des projets d’énergie renouvelable, comme le solaire. Cependant, la transition énergétique nécessite des financements colossaux et une volonté politique sans faille. Masra devra également gérer les relations tendues avec les pays voisins, notamment le Soudan et la Libye, dont les conflits perturbent les échanges commerciaux et la sécurité régionale.

L’arrivée de Succès Masra au poste de Premier ministre représente une opportunité pour le Tchad de sortir de l’impasse économique, mais les défis sont immenses. Son profil technocrate et son expérience internationale pourraient inspirer confiance, à condition qu’il parvienne à concilier réformes structurelles, inclusion sociale et stabilité politique. Dans un contexte où les attentes de la population sont élevées et où les ressources sont limitées, la marge de manœuvre de Masra sera étroite. La réussite de son mandat dépendra de sa capacité à mobiliser des partenariats solides, à réformer en profondeur les institutions et à restaurer la confiance des Tchadiens dans leurs dirigeants. Une tâche ardue, mais pas insurmontable pour un homme qui a déjà prouvé sa résilience.

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