Le Forum des Bâtisseurs de l’Économie en Afrique (FBE) célèbre cette année son 20e anniversaire, marquant deux décennies d’engagement en faveur de la promotion des politiques économiques innovantes et durables sur le continent. À cette occasion, la 20e édition des Prix du FBE, organisée le 15 octobre 2023 à Johannesburg, en Afrique du Sud, a mis en lumière les pays africains ayant adopté des réformes structurelles exemplaires. Ces distinctions, décernées par un jury d’experts économiques et d’institutions financières internationales, récompensent les nations ayant réalisé des avancées significatives en matière de croissance inclusive, de réduction de la pauvreté et de stabilité macroéconomique.
Parmi les lauréats de cette année, le Rwanda a été salué pour sa gestion exemplaire de la crise post-COVID-19, combinant une reprise rapide avec des investissements massifs dans les infrastructures technologiques et énergétiques. Le pays, dirigé par le président Paul Kagame depuis plus de deux décennies, a également été félicité pour son programme de transformation numérique, qui a permis à près de 90 % de la population d’accéder à des services financiers mobiles. Selon les données de la Banque mondiale, le Rwanda affiche une croissance annuelle moyenne du PIB de 7,5 % depuis 2010, un taux bien supérieur à la moyenne africaine.
Le Maroc et la Côte d’Ivoire : des modèles de diversification économique
Le Maroc a reçu le prix de la « Meilleure politique industrielle » pour son plan d’industrialisation accélérée, notamment dans les secteurs automobile et aéronautique. Le royaume chérifien, qui a attiré plus de 10 milliards de dollars d’investissements étrangers dans ces filières depuis 2015, est devenu le premier exportateur de voitures d’Afrique. Par ailleurs, le pays mise sur les énergies renouvelables, avec un objectif de 52 % d’électricité verte d’ici 2030. « Le Maroc prouve que la diversification économique est la clé pour réduire la dépendance aux matières premières », a déclaré un membre du jury, soulignant l’impact de ces réformes sur l’emploi, avec la création de plus de 200 000 postes en dix ans.
La Côte d’Ivoire, quant à elle, a été récompensée pour son « Leadership en transformation agricole ». Avec une croissance moyenne de 8 % par an depuis 2012, le pays ouest-africain a réussi à doubler sa production de cacao tout en améliorant les conditions de vie des planteurs. Le président Alassane Ouattara a mis en place des mécanismes de subventions et des coopératives agricoles pour moderniser le secteur, réduisant ainsi la pauvreté rurale de 15 % entre 2015 et 2022. Les experts du FBE ont également salué les investissements dans les infrastructures portuaires, qui ont fait de la Côte d’Ivoire le premier hub logistique de la région.
D’autres nations ont également été distinguées, comme le Botswana pour sa gestion transparente des ressources minières, ou encore l’Éthiopie, primée pour son ambitieux plan de développement industriel, malgré les défis récents liés aux conflits internes. Ces récompenses reflètent une tendance croissante en Afrique : celle des États qui transforment leurs économies grâce à des politiques audacieuses, loin des modèles traditionnels basés sur l’exportation de matières premières.
Alors que l’Afrique fait face à des défis persistants – endettement, changement climatique, instabilité politique –, les Prix du FBE offrent une lueur d’espoir en mettant en avant des solutions concrètes. Comme l’a souligné la directrice du Forum, Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’OMC : « Ces lauréats montrent que l’Afrique peut être un laboratoire d’innovation économique, à condition que les réformes s’accompagnent d’une gouvernance responsable et d’une inclusion sociale. » À l’heure où le continent représente 17 % de la population mondiale mais seulement 3 % du PIB mondial, ces exemples méritent d’être étudiés et reproduits. Les prochaines années seront cruciales pour voir si cette dynamique se généralise, ou si elle restera l’apanage d’une poignée de pays visionnaires.