Le 24 juin 2026 marque un tournant décisif pour l’Afrique avec l’annonce officielle de la création de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) par le président sud-africain Cyril Ramaphosa. Cette mesure, entrée en vigueur ce jour précis, vise à renforcer l’intégration économique du continent en supprimant progressivement les barrières tarifaires entre les 54 États membres. Selon les experts de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), cette initiative pourrait générer jusqu’à 30 millions d’emplois d’ici 2035 et booster le PIB africain de plus de 7% annuellement. Cependant, des défis majeurs persistent, notamment en matière d’infrastructures et de cohésion politique.
Une opportunité historique pour l’industrialisation
La ZLECAf représente bien plus qu’un simple accord commercial. Elle ouvre la voie à une industrialisation accélérée des économies africaines, souvent dépendantes des matières premières. Le Nigeria, premier producteur de pétrole du continent, et l’Éthiopie, dont le secteur textile connaît une croissance fulgurante, sont parmi les pays les plus optimistes. « Cette zone permettra à nos industries locales de concurrencer les importations asiatiques tout en attirant des investissements directs étrangers », déclare Adebayo Olusola, ministre nigérian du Commerce. Cependant, les sceptiques soulignent que la mise en œuvre effective dépendra de la capacité des États à harmoniser leurs politiques industrielles. En 2025, seulement 23 pays avaient ratifié l’accord, laissant planer des incertitudes sur son application uniforme.
Des obstacles persistants : infrastructures et conflits
Malgré les promesses de la ZLECAf, les infrastructures défaillantes restent un frein majeur. Le Corridor de Lobito, reliant l’Angola, la Zambie et la République démocratique du Congo (RDC), illustre ces défis. Ce projet ferroviaire, crucial pour le transport des minerais, accumule des retards en raison de financements insuffisants. « Sans routes, ports et réseaux ferroviaires modernes, nous ne pourrons pas exploiter pleinement le potentiel du marché unique », alerte Elizabeth Rasekoala, experte en développement des transports. Par ailleurs, les conflits persistants, comme ceux en Soudan ou en Somalie, menacent la stabilité nécessaire à une intégration économique durable. La Banque africaine de développement (BAD) estime que les coûts logistiques en Afrique restent 70% plus élevés que la moyenne mondiale, en partie à cause de ces instabilités.
Pourtant, des signes encourageants émergent. Le Programme de développement des infrastructures en Afrique (PIDA), adopté en 2025, prévoit des investissements de 100 milliards de dollars d’ici 2030 pour moderniser les réseaux de transport. De même, l’Union africaine a lancé un fonds spécial de 5 milliards de dollars pour soutenir les PME dans leur transition vers l’export. « La ZLECAf est une chance unique pour l’Afrique, mais elle exige une action collective immédiate », insiste Amani Abou-Zeid, commissaire de l’UA chargée des infrastructures. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si le continent saura transformer cette ambition en réalité.