Le 23 juin 2026 restera comme une journée marquante pour l’Afrique, alors que les dirigeants du continent se réunissaient à Addis-Abeba pour le 40e sommet de l’Union africaine (UA). Au cœur des discussions, trois dossiers majeurs ont dominé l’agenda : la crise sécuritaire au Sahel, la transition énergétique en Afrique australe et les réformes institutionnelles de l’UA. Ce sommet, organisé sous le thème *« Renforcer l’unité africaine pour une prospérité partagée »*, a mis en lumière les défis persistants tout en esquissant des pistes de solutions collectives. Entre annonces concrètes et débats animés, l’événement a révélé à la fois les fractures et les espoirs d’un continent en pleine mutation.
Une réponse unifiée face à l’instabilité au Sahel
La crise sécuritaire au Sahel, qui s’étend désormais au-delà des frontières du Mali, du Burkina Faso et du Niger, a occupé une place centrale lors de ce sommet. Les coups d’État successifs et la montée des groupes jihadistes ont poussé les dirigeants à réévaluer la stratégie continentale de lutte contre le terrorisme. Le président en exercice de l’UA, le Sud-Africain Cyril Ramaphosa, a appelé à une *« approche coordonnée »* impliquant non seulement les États sahéliens, mais aussi les pays voisins comme le Tchad et la Mauritanie. « Nous ne pouvons plus agir en ordre dispersé », a-t-il déclaré, soulignant l’urgence de renforcer les capacités des forces africaines en matière de renseignement et de formation.
Une décision majeure a été annoncée : la création d’une *« Force africaine de stabilisation »* composée de 20 000 soldats, dont le déploiement est prévu d’ici fin 2026. Cette force, financée à hauteur de 500 millions de dollars par l’UA et ses partenaires internationaux, vise à combler le vide laissé par le retrait des forces françaises du Mali et du Burkina Faso. Cependant, des questions persistent quant à l’efficacité opérationnelle de cette nouvelle structure, notamment en raison des tensions persistantes entre les juntes militaires sahéliennes et les anciennes puissances coloniales.
L’Afrique australe à l’heure de la transition énergétique
Le sommet a également été l’occasion de faire un point sur les avancées de la transition énergétique en Afrique australe, une région particulièrement vulnérable aux effets du changement climatique. Le Mozambique, qui dispose de réserves gazières parmi les plus importantes au monde, a présenté son plan ambitieux pour devenir un hub énergétique régional d’ici 2030. En partenariat avec des entreprises européennes et asiatiques, le pays prévoit d’investir 30 milliards de dollars dans des infrastructures de liquéfaction et de transport de gaz, tout en développant des projets d’énergies renouvelables pour alimenter le marché local.
Cependant, cette transition n’est pas sans défis. Les ONG environnementales, comme Greenpeace Afrique, ont alerté sur les risques de *« dépendance prolongée aux énergies fossiles »* et sur l’impact social des grands projets gaziers, notamment en termes de déplacements de populations. Lors du sommet, le président mozambicain Filipe Nyusi a défendu son projet, arguant que *« l’Afrique ne peut se permettre de sacrifier son développement sur l’autel de la transition »*. Un compromis a été trouvé : 40 % des investissements seront alloués aux énergies renouvelables, et un fonds de compensation sera créé pour les communautés affectées.
Réformes institutionnelles : entre ambitions et réalités
Enfin, les débats sur les réformes de l’Union africaine (UA) ont révélé des divergences profondes entre les États membres. Le président de la Commission de l’UA, Moussa Faki Mahamat, a présenté un projet de réforme visant à *« moderniser l’organisation »*, notamment en réduisant les doubles emplois et en renforçant le rôle du Parlement panafricain. Ces propositions, soutenues par des pays comme l’Éthiopie et le Rwanda, se heurtent cependant à la résistance de nations comme l’Algérie et l’Égypte, qui craignent une perte de souveraineté.
Un consensus a tout de même émergé autour de la création d’un *« Fonds africain de souveraineté »*, doté de 2 milliards de dollars, destiné à financer des projets stratégiques sans dépendre des bailleurs de fonds internationaux. Cette initiative, saluée par plusieurs observateurs, pourrait permettre à l’UA de gagner en autonomie financière. Toutefois, son efficacité dépendra largement de la volonté des États membres à contribuer activement, un engagement encore incertain.
Alors que le soleil se couchait sur Addis-Abeba, le 23 juin 2026, le sommet de l’UA laissait derrière lui des promesses ambitieuses, mais aussi des interrogations persistantes. Si les annonces sur la sécurité au Sahel et la transition énergétique ouvrent des perspectives, leur mise en œuvre dépendra in fine de la capacité des dirigeants africains à transcender leurs divisions. Une chose est sûre : l’Afrique continue de chercher sa voie, entre héritages coloniaux, enjeux climatiques et quête d’unité. Les prochains mois diront si ce sommet aura été un tournant décisif ou un simple épisode de plus dans l’histoire complexe du continent.