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Actualité africaine — 14/06/2026 22:59

Le 14 juin 2026 restera comme une date charnière pour l’intégration économique de l’Afrique, avec l’entrée en vigueur de l’Accord de libre-échange continental africain (ZLECAf) dans sa phase opérationnelle complète. Après des années de négociations et plusieurs phases de mise en œuvre progressive, les États membres ont enfin levé les dernières barrières tarifaires et non tarifaires, marquant le début d’un marché unique de 1,4 milliard de consommateurs et un PIB combiné de plus de 3 000 milliards de dollars. Cette avancée, saluée par la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA), pourrait redéfinir les dynamiques commerciales du continent, longtemps marqué par des échanges intra-africains ne dépassant pas 15 % de son commerce total.

Un marché continental enfin opérationnel : défis et opportunités

L’activation complète de la ZLECAf, initialement prévue pour 2024 mais retardée en raison de divergences politiques et logistiques, s’accompagne d’une série de mesures concrètes. Dès ce mois-ci, les 47 pays signataires (sur 55) appliqueront des droits de douane réduits de 90 % sur les produits industriels et agricoles, tandis que les services financiers, les transports et les télécommunications bénéficieront de nouvelles règles harmonisées. Selon le président de la Banque africaine d’import-export (Afreximbank), Benedict Oramah, cette libéralisation pourrait générer jusqu’à 450 milliards de dollars de gains commerciaux d’ici 2035, tout en créant des millions d’emplois dans les secteurs manufacturiers et agroalimentaires.

Cependant, les défis restent nombreux. Les infrastructures de transport, notamment routières et ferroviaires, restent inégales : seuls 38 % des routes africaines sont asphaltées, et le coût logistique moyen (15 % du prix des marchandises) reste trois fois supérieur à la moyenne mondiale. De plus, des pays comme le Nigeria, premier producteur de pétrole du continent, ont exprimé des réserves sur la concurrence que la ZLECAf pourrait représenter pour leurs industries locales, tandis que l’Éthiopie et le Maroc misent sur leur avantage comparatif pour devenir des hubs manufacturiers. « L’Afrique doit désormais investir massivement dans les corridors transfrontaliers et les zones économiques spéciales », souligne l’économiste kényane Rose Ngugi, de l’Université de Nairobi.

Un tournant géopolitique et économique

La ZLECAf s’inscrit dans un contexte géopolitique marqué par la rivalité sino-africaine et la recherche d’autonomie stratégique. La Chine, premier partenaire commercial de l’Afrique, a réagi en proposant des prêts préférentiels aux pays membres pour moderniser leurs infrastructures, tandis que les États-Unis ont annoncé un fonds de 5 milliards de dollars pour soutenir les PME africaines dans le cadre de leur stratégie « Prosper Africa ». Parallèlement, l’Union africaine (UA) a lancé un mécanisme de paiement panafricain, PAPSS, pour faciliter les transactions en monnaies locales et réduire la dépendance au dollar.

Les premiers bénéficiaires de cette intégration pourraient être les pays d’Afrique de l’Est, où les échanges intra-régionaux ont déjà augmenté de 20 % depuis 2020 grâce à la mise en place de la Zone de libre-échange tripartite (TFTA). Le Rwanda, par exemple, a vu ses exportations vers le Kenya et l’Ouganda bondir de 35 % en deux ans, grâce à la suppression des barrières douanières. « Nous assistons à une révolution silencieuse », commente l’économiste sud-africain W. Gyimah-Boadi, soulignant que « la ZLECAf pourrait enfin permettre à l’Afrique de tirer profit de sa jeunesse et de ses ressources naturelles sans les délocalisations massives vers l’Asie ».

Reste à savoir si les États africains parviendront à surmonter leurs divisions historiques, notamment en matière de visas et de réglementations sanitaires. Une étude de l’Overseas Development Institute (ODI) rappelle que 80 % des conflits commerciaux en Afrique sont liés à des normes non harmonisées. Pour l’instant, l’optimisme domine : la ZLECAf pourrait bien être le « Plan Marshall » que l’Afrique attend depuis des décennies, à condition que les promesses se traduisent par des actes concrets sur le terrain.

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