L’Afrique subsaharienne franchit une étape historique ce 14 juin 2026 avec l’entrée en vigueur de l’Accord de Libre-Échange Continental Africain (ZLECAf) dans sa phase intégrale. Après des années de négociations et des reports successifs, les 54 États membres de l’Union africaine (UA) activent désormais pleinement les mécanismes de libre circulation des biens et des services, marquant un tournant économique majeur pour le continent. Cette avancée, saluée par les observateurs internationaux, intervient dans un contexte où l’Afrique cherche à réduire sa dépendance aux partenaires traditionnels et à stimuler sa croissance endogène.
Un cadre juridique enfin opérationnel pour 1,4 milliard de consommateurs
L’activation complète de la ZLECAf, effective depuis minuit ce dimanche, permet désormais aux entreprises africaines d’importer et d’exporter sans droits de douane dans 90 % des lignes tarifaires, selon les données de la Commission économique pour l’Afrique (CEA). Les secteurs clés comme l’agroalimentaire, les textiles et les technologies bénéficieront en priorité de cette libéralisation, avec une estimation de 50 milliards de dollars de gains commerciaux annuels d’ici 2030, selon la Banque africaine de développement (BAD).
Cependant, des défis persistent. Seuls 47 des 54 pays ont ratifié l’accord, et des disparités subsistent entre les économies les plus avancées (comme le Nigeria ou l’Égypte) et les pays enclavés ou fragilisés par des conflits. Le Rwanda, pionnier du projet, a déjà enregistré une hausse de 22 % de ses échanges intrarégionaux depuis 2024, tandis que des économies comme celle de la République démocratique du Congo peinent à s’adapter en raison d’infrastructures logistiques déficientes.
Quels impacts pour les populations et les entreprises ?
Les consommateurs africains pourraient profiter d’une baisse des prix des produits locaux, désormais plus compétitifs face aux importations asiatiques ou européennes. Dans l’agriculture, par exemple, des pays comme le Kenya ou l’Éthiopie espèrent exporter davantage de café et de fleurs coupées vers l’Afrique de l’Ouest, où la demande est en hausse. Les PME, souvent exclues des circuits commerciaux internationaux, voient dans la ZLECAf une opportunité de se connecter à des marchés jusqu’ici inaccessibles.
Côté entreprises, les secteurs manufacturiers sont en première ligne. Au Maroc, où l’industrie automobile représente 10 % du PIB, les constructeurs locaux anticipent une intégration accrue avec les pays de l’Afrique de l’Ouest, où la demande en véhicules augmente. De même, en Afrique du Sud, les fabricants de produits pharmaceutiques pourraient étendre leur présence en Afrique centrale, où les systèmes de santé sont en pleine expansion. Pourtant, l’accès au financement reste un frein pour de nombreuses entreprises, notamment les start-up, qui peinent à obtenir des prêts bancaires dans un contexte de taux d’intérêt élevés.
La réussite de la ZLECAf dépendra en grande partie de la capacité des États à harmoniser leurs politiques industrielles et à investir dans les infrastructures transfrontalières. La BAD a annoncé un fonds de 10 milliards de dollars pour soutenir les projets d’interconnexion routière et ferroviaire, mais les retards dans sa mise en œuvre pourraient ralentir l’intégration. Par ailleurs, des ONG alertent sur le risque de dumping de produits subventionnés par les pays du Nord, qui pourraient inonder le marché africain et étouffer les industries locales naissantes.
Alors que l’Afrique célèbre cette étape symbolique, les défis structurels – corruption, insécurité dans certaines zones, et manque de diversification économique – rappellent que la route vers une intégration réelle sera longue. Pour les 1,4 milliard d’Africains, la ZLECAf représente bien plus qu’un accord commercial : elle incarne l’espoir d’une autonomie collective et d’un développement enfin maîtrisé de l’intérieur. Les prochains mois seront décisifs pour évaluer si ce projet ambitieux peut transcender les divisions politiques et économiques qui ont trop souvent freiné le continent.