Crise alimentaire en Afrique de l’Ouest : l’ONU alerte sur l’aggravation des risques de famine
Alors que le continent africain fait face à une succession de crises, l’Afrique de l’Ouest se trouve aujourd’hui en première ligne des alertes humanitaires. Selon le dernier rapport de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), publié ce 11 juin 2026, plus de 38 millions de personnes pourraient basculer dans l’insécurité alimentaire aiguë d’ici la fin de l’année dans la région. Cette situation, aggravée par des facteurs climatiques, économiques et politiques, rappelle les pires années de famine du début des années 2020, avec un risque réel de voir des millions de civils sombrer dans la malnutrition.
Un cocktail dévastateur : sécheresses, inflation et conflits armés
Plusieurs pays de la bande sahélienne, notamment le Burkina Faso, le Mali, le Niger et le Tchad, subissent depuis des mois une combinaison de chocs sans précédent. Les récoltes de mil, de sorgho et de maïs, essentielles pour des millions de familles, ont été réduites de moitié dans certaines zones en raison de pluies irrégulières et de températures records, attribuées au changement climatique. Parallèlement, l’inflation des prix des denrées de base a atteint des niveaux historiques : le sac de 50 kg de riz importé coûte désormais jusqu’à 150 % de plus qu’en 2020, selon la Banque mondiale. Dans un contexte où les économies locales dépendent à plus de 60 % des importations alimentaires, cette hausse des coûts a plongé des centaines de milliers de ménages dans une précarité extrême.
L’impact des conflits et l’échec des politiques de résilience
Les violences liées aux groupes armés non étatiques, qui se sont étendues depuis 2021 dans le Sahel, ont aggravé la crise en perturbant les circuits commerciaux et en forçant des millions de personnes à fuir leurs terres. Au Burkina Faso, par exemple, près de 2 millions de déplacés internes sont désormais dépendants de l’aide alimentaire, un chiffre qui a doublé en deux ans. Malgré les appels répétés des ONG et des agences onusiennes, les réponses des gouvernements locaux restent insuffisantes. Les programmes de résilience, comme les stocks de sécurité alimentaire ou les subventions aux intrants agricoles, peinent à être mis en œuvre en raison de budgets publics exsangues et d’une corruption endémique. « Les promesses de la COP27 et des partenariats internationaux ne se traduisent pas par des actions concrètes sur le terrain », dénonce un responsable de la Croix-Rouge internationale sous couvert d’anonymat.
Si la communauté internationale ne réagit pas avec une urgence comparable à celle déployée pour l’Ukraine ou Gaza, l’Afrique de l’Ouest pourrait connaître une catastrophe humanitaire d’une ampleur inédite. Les agences humanitaires estiment à 4,5 milliards de dollars le montant nécessaire pour éviter une crise majeure, mais moins de 30 % des fonds ont été mobilisés à ce jour. Face à ce désengagement relatif, des initiatives citoyennes émergent, comme des systèmes d’entraide villageoise ou des plateformes de crowdfunding panafricaines. Cependant, ces solutions locales restent marginales face à l’ampleur des besoins.