Afrique Économie International

Le 20e anniversaire des Africa Economy Builders Forum Awards honore les pays aux politiques économiques efficaces…

Le 20e anniversaire des Africa Economy Builders Forum Awards (AEBFA) a été marqué ce mois-ci par une cérémonie prestigieuse célébrant les nations africaines ayant mis en œuvre des politiques économiques efficaces et innovantes. Organisé par le groupe *African Business Magazine*, cet événement annuel s’est tenu à Kigali, au Rwanda, sous le thème : * »Décennies de croissance : l’Afrique à l’ère des politiques transformatrices »*. Pendant deux décennies, ces distinctions ont mis en lumière les pays ayant su concilier stabilité macroéconomique, diversification industrielle et inclusion sociale, tout en attirant les investissements étrangers. L’édition 2024 a particulièrement souligné l’impact des réformes structurelles et des partenariats public-privé dans le développement durable du continent.

Des lauréats récompensés pour leur résilience et leur vision

Parmi les lauréats 2024, le Maroc a été distingué pour ses avancées en matière de transition énergétique et de compétitivité industrielle. Le pays, qui avait déjà remporté le prix en 2010, a été salué pour son Plan d’Accélération Industrielle 2021-2030, qui a permis d’attirer 60 milliards de dollars d’investissements étrangers depuis son lancement. Le ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, a souligné que cette reconnaissance « récompense une décennie de réformes audacieuses, notamment dans les énergies renouvelables et l’automobile ». Autre lauréat notable, le Ghana a été primé pour sa gestion macroéconomique exemplaire, avec un taux de croissance annuelle moyenne de 6,5 % depuis 2017, malgré les chocs externes liés à la pandémie et à la crise ukrainienne. Le président ghanéen Nana Akufo-Addo a rappelé l’importance de « la discipline budgétaire et des investissements ciblés dans l’éducation et les infrastructures ».

L’Afrique face à ses défis : entre opportunités et inégalités persistantes

Si les succès des lauréats sont indéniables, l’Afrique reste confrontée à des défis structurels majeurs. Selon le rapport *African Economic Outlook 2024* de la Banque africaine de développement (BAD), près de 60 % des pays africains ont enregistré une croissance supérieure à 4 % en 2023, mais les inégalités régionales et intra-pays se creusent. Le Nigeria, malgré sa première place en termes de PIB continental, n’a pas été récompensé cette année, illustrant les disparités entre dynamisme économique et développement humain. Par ailleurs, les experts présents à Kigali ont pointé du doigt les « obstacles bureaucratiques persistants » dans plusieurs pays, freinant l’émergence d’un écosystème entrepreneurial favorable aux PME. « L’Afrique a besoin de politiques plus agiles et d’une intégration régionale renforcée pour transformer sa croissance en prospérité partagée », a déclaré l’économiste kényane Njuguna Ndung’u, ancien gouverneur de la Banque centrale du Kenya. Le panel de clôture de l’AEBFA a également abordé la question de la dette, qui atteint 70 % du PIB en moyenne pour les pays à revenu intermédiaire, limitant leur marge de manœuvre budgétaire.

Le rôle des femmes et de la jeunesse dans la transformation économique

Une innovation majeure de cette édition 2024 a été la création d’un prix spécial dédié à l’entrepreneuriat féminin, remporté par la Rwandaise Clarisse Iribagiza, fondatrice de *DMM.HeHe*, une plateforme de solutions agricoles utilisant l’IA. Ce prix reflète une prise de conscience croissante : les politiques économiques efficaces doivent intégrer une dimension genrée pour être durables. « Les femmes représentent 50 % de la population africaine, mais seulement 20 % des terres agricoles leur sont officiellement attribuées. Sans égalité d’accès aux ressources, aucune croissance n’est inclusive », a plaidé la lauréate lors de son discours. Par ailleurs, la jeunesse africaine, qui représentera 60 % de la population du continent d’ici 2050, a été au cœur des débats. Le forum a annoncé le lancement d’un fonds de 100 millions de dollars dédié aux startups portées par des moins de 35 ans, en partenariat avec la Banque africaine d’import-export (Afreximbank). « L’innovation est le levier le plus puissant pour sortir l’Afrique de la dépendance aux matières premières », a affirmé le PDG d’Afreximbank, Benedict Oramah.

À l’aube de sa troisième décennie, l’Africa Economy Builders Forum Awards s’impose comme un baromètre des ambitions économiques du continent. Si les lauréats 2024 prouvent que des modèles vertueux existent, leur généralisation reste conditionnée par une volonté politique renforcée et une coopération intra-africaine approfondie. Comme l’a résumé le directeur de *African Business Magazine*, Anver Versi : « L’Afrique n’a pas besoin de plus de plans sur le papier, mais de politiques audacieuses et de partenariats qui créent des emplois, réduisent les inégalités et placent l’innovation au cœur de son développement ». Les prochaines années diront si le continent saura convertir ses records de croissance en un bien-être tangible pour ses populations.

À lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *