Le président tchadien, Mahamat Idriss Déby Itno, a effectué une visite officielle en Algérie les 10 et 11 septembre 2023, marquée par un moment symbolique fort : la découverte des installations religieuses et culturelles de la Grande Mosquée d’Alger, également connue sous le nom de *Djamaâ El Kebir*. Cette visite, organisée dans le cadre d’une tournée diplomatique visant à renforcer les liens bilatéraux entre les deux pays, s’inscrit dans une dynamique de coopération religieuse et culturelle prometteuse entre le Tchad et l’Algérie.
Un symbole de fraternité islamique
La Grande Mosquée d’Alger, l’une des plus anciennes et des plus imposantes du Maghreb, représente bien plus qu’un édifice religieux : elle incarne l’histoire millénaire de l’islam en Afrique du Nord. Accueillant le président tchadien, les autorités algériennes ont mis en avant l’importance de ce site comme lieu de dialogue interreligieux et de partage spirituel. Selon un communiqué officiel du ministère algérien des Affaires religieuses, cette visite avait pour but de « renforcer les liens de fraternité entre les peuples musulmans » et de promouvoir les valeurs de tolérance prônées par l’islam.
Le président Déby, un musulman pratiquant, a été reçu par le grand imam de la mosquée, qui a prononcé un discours soulignant l’unité des ummas (communautés) islamiques africaines. Les deux dirigeants ont échangé sur les défis communs, notamment en matière de lutte contre l’extrémisme violent et de préservation du patrimoine religieux. Cette rencontre s’est conclue par une prière collective, un geste hautement symbolique dans le contexte géopolitique actuel, où les tensions religieuses menacent de fragiliser la cohésion sociale en Afrique.
Une coopération religieuse et culturelle en pleine expansion
La visite de Mahamat Idriss Déby Itno s’inscrit dans un contexte où l’Algérie, sous la présidence d’Abdelmadjid Tebboune, joue un rôle de plus en plus actif sur la scène africaine, notamment en matière d’influence religieuse modérée. Depuis plusieurs années, Alger mise sur la diplomatie religieuse pour consolider son leadership en Afrique subsaharienne, en finançant la construction de mosquées et en formant des imams africains dans ses instituts théologiques.
Pour le Tchad, pays en proie à des crises sécuritaires récurrentes, cette coopération est stratégique. Le Tchad, où l’islam cohabite avec le christianisme et les religions traditionnelles, cherche à s’appuyer sur des partenaires comme l’Algérie pour renforcer sa stabilité interne. La formation des cadres religieux tchadiens dans les universités algériennes, ainsi que les échanges culturels entre les deux nations, pourraient ainsi contribuer à un islam plus ouvert et moins sujet aux dérives radicales.
Les deux pays ont également évoqué la possibilité de projets communs, tels que la restauration de manuscrits anciens ou l’organisation de festivals culturels pour célébrer leur héritage commun. Ces initiatives, si elles se concrétisent, pourraient donner une nouvelle dimension à leur partenariat.
En conclusion, la visite du président tchadien à la Grande Mosquée d’Alger dépasse le cadre d’une simple visite protocolaire. Elle symbolise une volonté partagée de promouvoir un islam modéré et unitaire, tout en renforçant les échanges culturels entre deux pays dont les destins sont historiquement et géographiquement liés. Alors que l’Afrique fait face à des défis sécuritaires et identitaires majeurs, de telles initiatives pourraient bien offrir une lueur d’espoir pour une coexistence pacifique entre les peuples. Reste à voir si ces engagements se traduiront par des actions concrètes sur le terrain.