L’Afrique subsaharienne franchit une nouvelle étape dans sa transition énergétique avec le lancement officiel, ce 17 mai 2026, du projet « AfriSolar 2030 », une initiative ambitieuse visant à accélérer le déploiement des énergies renouvelables à l’échelle continentale. Porté par l’Union africaine et la Banque africaine de développement (BAD), ce programme s’appuie sur un financement inédit de 50 milliards de dollars, destiné à couvrir 60 % des besoins en électricité du continent d’ici à 2030. Une avancée majeure qui pourrait réduire la dépendance aux énergies fossiles et créer plus de 10 millions d’emplois directs dans les filières vertes.
Un plan colossal pour électrifier l’Afrique
Le projet AfriSolar 2030 s’articule autour de trois piliers principaux : la construction de parcs solaires géants, le renforcement des réseaux électriques transfrontaliers et le développement de mini-réseaux locaux dans les zones rurales. Parmi les réalisations phares annoncées figure la mise en service du « Super Réseau de l’Afrique de l’Est », un corridor énergétique reliant le Kenya, l’Éthiopie, la Tanzanie et le Rwanda, avec une capacité totale de 5 gigawatts. « Ce projet marque un tournant dans notre quête d’autonomie énergétique », a déclaré le président kényan William Ruto lors de la cérémonie de lancement à Nairobi. « D’ici 2028, nous visons à couvrir 100 % de nos besoins en électricité grâce aux énergies renouvelables. »
Les défis restent nonetheless immenses. Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), près de 600 millions d’Africains n’ont toujours pas accès à une électricité fiable, et les retards dans l’exécution des projets menacent la crédibilité du calendrier. Les experts soulignent également les risques liés à la dépendance aux technologies chinoises et européennes, dont les coûts élevés pourraient freiner l’industrialisation locale. « L’enjeu n’est pas seulement technique, mais aussi géopolitique », analyse Dr. Leila Benali, experte en énergie à l’Université Mohammed VI Polytechnique au Maroc. « L’Afrique doit former ses propres ingénieurs et développer une chaîne de valeur locale pour éviter de devenir un simple marché captif. »
Des retombées économiques et sociales attendues
Les retombées de AfriSolar 2030 devraient dépasser le cadre énergétique. La BAD estime que chaque dollar investi dans les énergies renouvelables générera un retour de 3 à 4 dollars en croissance économique, grâce à la création d’emplois dans les secteurs de la fabrication de panneaux solaires, de la maintenance des infrastructures et de l’agriculture intelligente. Au Sénégal, où le parc solaire de Ndiass (150 MW) a été inauguré en mars 2026, les autorités locales rapportent déjà une baisse de 30 % des coupures de courant et une hausse de 15 % des revenus des petits agriculteurs, grâce à l’accès à des pompes à eau solaires.
Cependant, des voix s’élèvent pour critiquer l’inclusion insuffisante des communautés locales dans les décisions. « Les projets énergétiques en Afrique sont souvent conçus sans consulter les populations, alors qu’elles sont les premières bénéficiaires », dénonce Nnimmo Bassey, directeur de l’ONG Health of Mother Earth Foundation au Nigeria. « Sans justice sociale, ces initiatives risquent d’aggraver les inégalités. » Pour y remédier, le gouvernement sud-africain a annoncé un fonds dédié à la formation de 50 000 femmes aux métiers des énergies vertes d’ici 2027, une mesure saluée par les associations féministes.
Avec AfriSolar 2030, l’Afrique écrit une nouvelle page de son histoire économique, mais son succès dépendra de sa capacité à concilier ambition technologique, inclusion sociale et souveraineté industrielle. Dans un contexte de rivalités géopolitiques accrues pour le contrôle des ressources minières (lithium, cobalt, cuivre), le continent devra aussi naviguer entre les intérêts des grandes puissances et ses propres priorités. Une chose est sûre : le soleil africain, longtemps vu comme une malédiction, devient aujourd’hui le symbole d’un avenir plus lumineux.