
Le Tchad a décrété trois jours de deuil national à compter de ce lundi 10 juin 2024, suite à une série d’attaques meurtrières perpétrées dans la province du Lac, dans l’ouest du pays. Ces attaques, attribuées à des groupes armés non identifiés, ont causé la mort d’au moins 50 civils, dont des femmes et des enfants, ainsi que plusieurs soldats tchadiens. Les autorités locales et les organisations humanitaires appellent à une réponse immédiate pour éviter une escalade de la violence dans une région déjà fragilisée par l’insécurité et les tensions communautaires.
Des attaques ciblées contre des civils et des forces de sécurité
Les attaques, survenues entre le 7 et le 9 juin 2024, ont principalement visé les villages de Kaiga-Kindjiria, Bahr el Gazel et quelques localités environnantes. Selon les témoignages recueillis par des ONG locales, les assaillants, armés de fusils automatiques et de grenades, ont incendié des habitations et enlevé plusieurs personnes avant de se replier vers le lac Tchad, une zone réputée pour abriter des groupes armés liés à Boko Haram et à d’autres factions jihadistes. Les autorités tchadiennes ont confirmé la mort de 28 militaires et de 50 civils, mais des sources locales évoquent un bilan bien plus lourd, sans que ces chiffres puissent être vérifiés de manière indépendante.
Les survivants décrivent une attaque « méthodique et brutale », marquée par des exécutions sommaires et des pillages systématiques. « Ils sont arrivés avant l’aube, ont encerclé le village et ont ouvert le feu sans sommation », raconte un habitant de Kaiga-Kindjiria, joint par téléphone satellite. Les forces armées tchadiennes (FAT), déjà déployées dans la région dans le cadre de l’opération « Boma’s Wrath » contre les groupes armés, ont engagé des opérations de ratissage pour traquer les assaillants. Cependant, leur capacité à contrôler la zone reste limitée en raison du terrain marécageux et des réseaux logistiques des groupes armés, qui profitent des frontières poreuses avec le Nigeria et le Cameroun.

Un contexte sécuritaire et humanitaire déjà explosif
La province du Lac, frontalière avec le Nigeria, le Niger et le Cameroun, est un foyer de tensions depuis des années. La présence de Boko Haram, affaibli mais toujours actif, et l’émergence de nouvelles factions comme l’État islamique en Afrique de l’Ouest (EIAO) ont exacerbé l’insécurité dans la région. En 2023, plus de 300 personnes avaient déjà péri dans des attaques similaires, selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA). Les déplacements de populations sont massifs : on estime à plus de 400 000 le nombre de personnes déplacées internes dans la province, vivant dans des conditions précaires, sans accès suffisant à l’eau, à la nourriture ou aux soins.
Les attaques récentes surviennent alors que le Tchad tente de stabiliser la région après le coup d’État de 2021 et les tensions politiques internes. Le président Mahamat Idriss Déby Itno, au pouvoir depuis le décès de son père Idriss Déby en 2021, a placé la sécurité au cœur de son agenda. Cependant, la multiplication des attaques et l’incapacité des forces locales à y mettre fin alimentent un sentiment d’impunité parmi les groupes armés. « Sans une coordination régionale renforcée, ces violences ne feront qu’empirer », avertit un analyste basé à N’Djamena, qui souhaite rester anonyme.
Face à l’urgence, plusieurs pays voisins, dont le Cameroun et le Niger, ont exprimé leur solidarité avec le Tchad. La France, partenaire historique du pays, a réaffirmé son soutien logistique et militaire, tandis que l’Union africaine a appelé à une « réponse africaine coordonnée ». Pour les populations locales, cependant, l’urgence est d’abord humanitaire. « Nous avons besoin de nourriture, de médicaments et de protection, pas de promesses », lance une représentante d’une association de déplacés. Le deuil national décrété par les autorités tchadiennes pourrait bien n’être que le premier pas d’une réponse plus large à une crise qui menace de s’étendre bien au-delà des frontières du Lac.