Une délégation officielle algérienne s’est rendue à N’Djamena cette semaine pour finaliser les discussions relatives à la construction de la route transsaharienne, un projet d’envergure visant à renforcer les liens économiques et sécuritaires entre l’Algérie, le Tchad et les pays de la sous-région. Cette visite s’inscrit dans le cadre des directives récentes du président algérien Abdelmadjid Tebboune, qui a réaffirmé l’importance stratégique de ce corridor pour l’intégration africaine. Les pourparlers, menés en présence des autorités tchadiennes, ont porté sur les modalités de financement, les tracés précis et les partenariats publics-privés nécessaires à la réalisation de cette infrastructure majeure.
Un projet phare pour l’intégration régionale
La route transsaharienne, également appelée « autoroute du Sahel », est un ambitieux projet estimé à plusieurs milliards de dollars, conçu pour relier l’Algérie au Tchad en traversant le Niger. Ce tracé, long de près de 3 000 kilomètres, s’inscrit dans le cadre du Programme des infrastructures intégrées en Afrique (PIIA), adopté par l’Union africaine. Pour Alger, ce corridor représente une opportunité unique de désenclaver les régions sahariennes et de stimuler les échanges commerciaux avec les pays d’Afrique subsaharienne. « Ce projet est une priorité pour l’Algérie, car il permettra de renforcer la stabilité économique et politique dans le Sahel », a déclaré un haut responsable du ministère algérien des Travaux publics.
Les discussions à N’Djamena ont notamment porté sur la sécurisation des travaux, un enjeu crucial compte tenu des risques terroristes dans certaines zones du Sahel. Les deux pays ont convenu de renforcer leur coopération avec les forces du G5 Sahel et d’autres partenaires internationaux pour garantir la protection des chantiers. Par ailleurs, le financement du projet, évalué à environ 8 milliards de dollars, a fait l’objet de négociations serrées. L’Algérie, qui a déjà mobilisé des fonds pour la réalisation de sa section nationale, compte sur des contributions de la Banque africaine de développement (BAD) et de la Banque mondiale pour les tronçons tchadien et nigérien.
Un partenariat bilatéral renforcé
Cette visite s’inscrit dans une dynamique de rapprochement entre l’Algérie et le Tchad, deux pays liés par une histoire commune et des intérêts stratégiques convergents. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Mahamat Idriss Déby Itno en 2021, les relations bilatérales se sont intensifiées, notamment sur les plans sécuritaire et économique. Le projet de route transsaharienne est perçu comme un symbole de cette nouvelle ère de coopération. « Ce projet est une pierre angulaire de notre partenariat. Il permettra de désenclaver le nord du Tchad et d’ouvrir de nouvelles perspectives pour nos populations », a souligné un membre de la délégation tchadienne.
Outre les aspects techniques, les deux parties ont également évoqué la création de zones économiques spéciales le long du tracé, afin d’attirer des investissements étrangers et de dynamiser les économies locales. Le Tchad, dont une grande partie de son territoire est enclavée, espère tirer profit de cette infrastructure pour exporter ses ressources naturelles, notamment le pétrole et le coton. De son côté, l’Algérie voit dans ce projet un moyen de diversifier ses partenaires commerciaux et de réduire sa dépendance aux marchés européens.
Enfin, ce projet s’inscrit dans une stratégie plus large visant à promouvoir la connectivité en Afrique. Avec la mise en service récente du corridor Lagos-Dakar et les discussions en cours pour un chemin de fer transsaharien, l’Algérie renforce sa position de hub logistique continental. « L’Afrique doit être unie par des infrastructures, et l’Algérie joue un rôle clé dans cette vision », a rappelé un expert en géopolitique africaine.
La route transsaharienne, dont l’achèvement est prévu pour 2030, reste un défi de taille, mais les avancées enregistrées à N’Djamena marquent une étape décisive vers sa concrétisation. Alors que les défis sécuritaires et financiers persistent, l’engagement des deux pays et des partenaires internationaux laisse entrevoir un avenir plus intégré pour le Sahel. Ce projet, s’il aboutit, pourrait bien redéfinir les dynamiques économiques et politiques de toute une région.