Afrique International Santé

J’ai dû partir en France pour survivre : le cri d’un Tchadien dialysé pour que plus personne ne meure faute de soins

J’ai dû partir en France pour survivre : le cri d’un Tchadien dialysé pour que plus personne ne meure faute de soins

Dans un système de santé tchadien en crise, des milliers de patients se retrouvent contraints de quitter le pays pour accéder à des soins vitaux. C’est le cas de Haider Sougui Tété, 37 ans, atteint d’une insuffisance rénale chronique nécessitant une dialyse régulière. Souffrant depuis des années de cette maladie incurable, il a été contraint de quitter N’Djamena pour la France, où il a pu bénéficier des traitements indispensables à sa survie. Son histoire, partagée avec Le Quotidien du Tchad, illustre les lacunes criantes du système de santé tchadien et l’urgence d’une réforme structurelle pour éviter que d’autres patients ne subissent le même sort.

Haider Sougui Tété fait partie des nombreux Tchadiens confrontés à l’absence de structures médicales capables de prendre en charge les maladies chroniques. Au Tchad, les centres de dialyse sont quasi inexistants en dehors de la capitale, et ceux qui existent sont souvent saturés ou sous-équipés. « Je dépensais des fortunes pour me soigner à N’Djamena, mais les machines étaient toujours en panne ou les médicaments indisponibles », confie-t-il. Après avoir frôlé la mort à plusieurs reprises, il a décidé de se rendre en France, où il bénéficie désormais de trois séances de dialyse par semaine. Pourtant, son parcours reste un luxe inaccessible pour la majorité des patients tchadiens, dont les revenus moyens ne permettent pas de financer un exil médical.

Un système de santé en état de délabrement avancé

Le cas de Haider Sougui Tété n’est pas isolé. Selon les rapports de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Tchad figure parmi les pays les plus mal classés en Afrique en matière d’accès aux soins. Le système de santé tchadien souffre d’un manque criant de moyens : seulement 0,8 médecin pour 10 000 habitants, contre une moyenne africaine de 2,3, et un budget alloué à la santé représentant moins de 5 % du PIB national. Les infrastructures sont vétustes, les équipements obsolètes, et les professionnels de santé, souvent sous-payés, manquent de motivation.

Les maladies chroniques, comme l’insuffisance rénale, sont particulièrement touchées par cette carence. Les patients doivent souvent se tourner vers des pays voisins comme le Cameroun ou le Nigeria, ou, comme Haider, vers l’Europe, où les coûts des traitements sont exorbitants. « Beaucoup meurent faute de soins adaptés », déplore le docteur Dr Haoua Youssouf Seid, nephroloque au Centre hospitalier Universitaire la référence nationale (Chu-Rn) de N’Djaména. « Nous n’avons pas les moyens de sauver des vies ici ». Les rares centres de dialyse du pays, concentrés dans la capitale, ne peuvent accueillir que quelques dizaines de patients par jour, laissant des centaines d’autres sans espoir.

Des solutions urgentes, mais des obstacles persistants

Face à cette crise, des voix s’élèvent pour réclamer une refonte en profondeur du système de santé tchadien. Des associations locales, comme Santé pour Tous, plaident pour un investissement massif dans les infrastructures médicales et la formation des personnels soignants. « Le Tchad a besoin d’une révolution sanitaire », estime le président de l’association, Aboubakar Mahamat. « Il faut construire des hôpitaux régionaux, équiper les centres de santé et garantir un salaire décent aux médecins ».

Pourtant, les obstacles restent nombreux. La corruption, le manque de volonté politique et les crises sécuritaires qui secouent le pays détournent les ressources disponibles vers d’autres priorités. En 2023, seulement 30 % du budget de la santé a été exécuté, selon le ministère tchadien de la Santé. De plus, l’aide internationale, bien que présente, est souvent insuffisante ou mal ciblée. « Nous dépendons trop des ONG et de l’aide humanitaire », souligne un responsable sanitaire sous couvert d’anonymat. « Cela ne suffit pas à résoudre les problèmes structurels ».

Haider Sougui Tété, désormais en convalescence en France, espère que son histoire servira d’électrochoc. « Je veux que les Tchadiens sachent qu’il est possible de se soigner ici. Mais pour cela, il faut changer les choses », lance-t-il. Son plaidoyer rejoint celui de milliers de patients qui, comme lui, n’ont d’autre choix que de fuir leur pays pour survivre.

À lire aussi

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *