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Actualité africaine — 03/05/2026 12:56

L’Afrique subsaharienne franchit une étape historique ce 3 mai 2026 avec l’adoption officielle par l’Union africaine (UA) de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) comme cadre unique pour le commerce intra-africain. Lors du 42e sommet des chefs d’État et de gouvernement à Addis-Abeba, en Éthiopie, les dirigeants ont acté une réforme majeure : la suppression progressive des barrières non tarifaires d’ici 2030, un an plus tôt que prévu. Cette décision, saluée par les économistes et les institutions panafricaines, vise à dynamiser un marché continental estimé à 3 400 milliards de dollars d’ici 2027, tout en réduisant la dépendance aux partenaires extérieurs. Pourtant, des défis persistants, notamment en matière d’infrastructures et de cohésion réglementaire, menacent la pleine réalisation de ce projet ambitieux.

Une réforme structurelle pour booster l’intégration économique

Le texte adopté ce week-end prévoit l’harmonisation des normes douanières et la création d’un passeport unique pour les entreprises africaines, permettant une libre circulation des biens et services sans entraves administratives. Selon Wamkele Mene, secrétaire général de la ZLECAf, cette réforme « marque un tournant décisif en transformant le continent en un espace économique intégré, capable de rivaliser avec les blocs comme l’ASEAN ou l’Union européenne ». Les pays membres s’engagent désormais à supprimer 90 % des droits de douane d’ici 2028, contre 2029 initialement prévu. Une avancée qui, selon la Banque africaine de développement (BAD), pourrait générer jusqu’à 16 millions d’emplois d’ici 2035, principalement dans les secteurs agroalimentaire et manufacturier.

Cependant, les disparités régionales restent un frein majeur. Alors que l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique australe ont déjà réduit leurs tarifs douaniers de 60 %, l’Afrique centrale, où les économies sont plus fragmentées, accuse un retard significatif. Le Cameroun et la RDC, par exemple, peinent à aligner leurs politiques commerciales sur les standards de la ZLECAf. Pour combler ces écarts, l’UA a lancé un fonds de solidarité de 5 milliards de dollars, alimenté par des contributions volontaires des États membres et des partenaires internationaux comme l’Allemagne et la Chine.

Des obstacles persistants malgré l’optimisme ambiant

Malgré l’enthousiasme officiel, les experts pointent du doigt des lacunes structurelles. Le manque d’infrastructures de transport – routes, chemins de fer et ports – reste un obstacle majeur. Selon un rapport de l’OCDE, seulement 13 % des échanges commerciaux africains se font par voie terrestre, contre 40 % en Europe. La Banque mondiale estime que pour atteindre les objectifs de la ZLECAf, il faudrait investir 150 milliards de dollars par an dans les infrastructures d’ici 2030. « Sans routes, pas de commerce. Sans énergie, pas d’industrialisation », résume un économiste basé à Johannesburg, sous couvert d’anonymat.

Un autre défi de taille concerne la sécurité. Les conflits armés en Afrique de l’Est et dans la région du Sahel perturbent les corridors commerciaux essentiels. Par exemple, les attaques de groupes armés au Mali et au Burkina Faso ont réduit de 30 % les échanges transsahariens ces deux dernières années. Pour y remédier, l’UA a annoncé la création d’une force conjointe de 10 000 hommes, dédiée à la sécurisation des routes commerciales. Mais son efficacité dépendra de la volonté politique des États concernés, souvent divisés sur les priorités sécuritaires.

Enfin, la question de la monnaie unique africaine, souvent évoquée comme un complément à la ZLECAf, reste en suspens. Bien que 6 pays de la CEDEAO aient adopté l’eco comme monnaie commune en 2020, les autres régions du continent peinent à s’entendre sur un calendrier commun. La Banque centrale africaine (BCA), dont le siège sera basé à Abuja, n’entrera en fonction qu’en 2028, retardant encore la mise en œuvre d’une politique monétaire unifiée.

L’adoption accélérée de la ZLECAf représente sans conteste un pas de géant pour l’Afrique, mais sa réussite dépendra de la capacité des États à surmonter leurs divisions et à investir massivement dans les infrastructures et la sécurité. Comme le souligne un haut responsable de l’UA, « la ZLECAf n’est pas une solution miracle, mais une opportunité historique à saisir collectivement ». Si les promesses sont tenues, l’Afrique pourrait enfin réaliser son potentiel de croissance endogène, réduisant ainsi sa vulnérabilité aux chocs externes. Pour les 1,4 milliard d’habitants du continent, cette réforme pourrait changer la donne, à condition que les engagements se traduisent par des actes concrets dans les années à venir.

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