Bamako, Mali — Le Mali traverse une nouvelle crise politique et sécuritaire après l’assassinat du ministre de la Défense, le général Abdoulaye Diop, dans un attentat suicide survenu le 24 septembre 2024 à Bamako. L’attaque, revendiquée par un groupe jihadiste affilié à Al-Qaïda, a également fait plusieurs victimes parmi les forces de sécurité maliennes. Le président de la transition, Assimi Goïta, a immédiatement réagi en promettant une « riposte impitoyable » contre les auteurs de ce crime. Cette tragédie survient dans un contexte déjà marqué par l’instabilité sécuritaire chronique et les tensions entre les autorités maliennes et les partenaires internationaux.
Un attentat d’une rare violence à Bamako
L’attentat a eu lieu dans l’après-midi du 24 septembre, alors que le général Abdoulaye Diop quittait le ministère de la Défense après une réunion avec ses collaborateurs. Selon les premiers éléments de l’enquête, un kamikaze a actionné sa ceinture explosive près du véhicule officiel du ministre, situé dans un quartier gouvernemental très surveillé. Les images des caméras de surveillance montrent une explosion d’une violence extrême, projetant des débris à plusieurs mètres à la ronde. Le bilan provisoire évoque la mort du général Diop, ainsi que celle d’au moins cinq militaires et deux civils. Plusieurs autres personnes ont été grièvement blessées, dont des hauts responsables militaires.
L’attaque a été revendiquée dans la soirée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), la principale coalition jihadiste active au Sahel et affiliée à Al-Qaïda. Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux, le GSIM a justifié cet acte par la « collaboration du général Diop avec les forces étrangères », en référence à la récente montée des tensions entre Bamako et ses partenaires occidentaux, notamment la France et les Nations unies. Le groupe a également menacé de nouvelles opérations « contre les ennemis de l’islam » au Mali. Cette revendication, si elle est confirmée, marque une escalade dans la stratégie des groupes armés, qui ciblent désormais directement les hautes sphères du pouvoir malien.
Assimi Goïta face à un défi sécuritaire et politique
La réaction du président de la transition, Assimi Goïta, a été immédiate et ferme. Dans un discours diffusé à la télévision nationale, il a qualifié l’attentat de « crime odieux » et promis que les responsables seraient « traqués sans pitié ». Goïta a également annoncé la tenue d’un conseil de défense exceptionnel pour « ajuster la stratégie de lutte contre le terrorisme ». Cette annonce intervient alors que le Mali fait face à une dégradation sans précédent de la situation sécuritaire, avec une multiplication des attaques jihadistes dans le centre et le nord du pays. Selon les dernières données de l’ONU, plus de 1 500 personnes ont été tuées dans des violences liées au terrorisme depuis le début de l’année 2024.
Sur le plan politique, cet attentat plonge le Mali dans une nouvelle phase d’incertitude. Le général Goïta, au pouvoir depuis le coup d’État de 2020, avait déjà été confronté à des tensions avec les partenaires internationaux, notamment après son refus de reconduire l’accord de paix de 2015 avec les groupes armés signataires et son rapprochement avec la junte du Burkina Faso et du Niger. La mort du général Diop, considéré comme un proche allié de Goïta et un pilier de la lutte antiterroriste, fragilise davantage sa position. Plusieurs observateurs estiment que cette crise pourrait accélérer une radicalisation des positions maliennes, avec un durcissement des mesures sécuritaires et une possible rupture définitive avec les forces françaises et onusiennes.
La communauté internationale a réagi avec une certaine prudence. L’ONU, par la voix de son secrétaire général, a condamné « avec la plus grande fermeté » l’attaque, tandis que les États-Unis et l’Union européenne ont réaffirmé leur soutien à la lutte contre le terrorisme au Mali. Cependant, la France, partenaire historique du pays, n’a pas encore fait de déclaration officielle, dans un contexte où les relations diplomatiques entre Paris et Bamako sont déjà très tendues. Certains analystes estiment que cet attentat pourrait servir de prétexte à une intensification des opérations militaires françaises, malgré le retrait progressif des troupes au sol.
Les défis d’une riposte crédible et durable
La promesse d’une « riposte impitoyable » formulée par Assimi Goïta soulève plusieurs questions quant à sa faisabilité. Depuis 2013, le Mali est engagé dans une lutte contre le terrorisme avec le soutien de la force Barkhane, puis de la Minusma (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali), dont le retrait a été finalisé en décembre 2023. Or, les groupes jihadistes ont profité de ce vide pour étendre leur influence, profitant des tensions locales et de la faiblesse de l’État malien. Une riposte militaire efficace nécessiterait donc un renforcement des capacités des forces maliennes, mais aussi une coordination régionale accrue, dans un contexte où les juntes du Sahel affichent une méfiance croissante envers les organisations internationales.
Par ailleurs, l’assassinat du général Diop illustre une nouvelle tendance des groupes armés : cibler les élites politiques et militaires pour semer la terreur et déstabiliser les institutions. Cette stratégie, déjà observée en Afghanistan ou en Irak, pourrait pousser le Mali vers une militarisation accrue, au détriment des solutions politiques et sociales. Les autorités maliennes devront également composer avec la colère de la population, qui subit de plein fouet les conséquences des violences et de l’insécurité. Dans un pays où l’État peine à exercer son autorité en dehors de Bamako, la légitimité du pouvoir en place est plus que jamais remise en question.
Enfin, cet attentat rappelle l’urgence d’une approche globale pour venir à bout de la crise malienne. Au-delà des opérations militaires, une solution durable passera nécessairement par un dialogue politique inclusif, la reconstruction des zones touchées et une meilleure gouvernance. Cependant, avec un pouvoir transitionnel fragilisé et une communauté internationale divisée, les perspectives d’une sortie de crise restent incertaines. Les prochaines semaines seront déterminantes pour savoir si le Mali parviendra à surmonter cette épreuve ou si, au contraire, il s’enfonceras davantage dans le chaos.
Par Diawara, correspondant spécial en Afrique de l’Ouest