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Électricité au Tchad : entre promesses et réalité, les coupures continuent

Le Tchad, pays enclavé d’Afrique centrale, fait face à une crise énergétique persistante qui entrave son développement économique et social. Malgré les multiples promesses gouvernementales et les investissements étrangers, les coupures d’électricité restent un fléau quotidien pour les ménages et les entreprises. Cette situation, aggravée par une infrastructure vétuste et une dépendance aux générateurs diesel coûteux, soulève des questions sur la gestion des ressources et la planification énergétique du pays. Entre les projets de barrages hydroélectriques, les partenariats internationaux et les défis logistiques, le secteur électrique tchadien oscille entre espoirs et désillusions.

Un secteur énergétique sous tension : des infrastructures vétustes et une production insuffisante

Le Tchad dispose d’une capacité de production électrique estimée à seulement 400 mégawatts (MW), un chiffre largement insuffisant pour répondre aux besoins d’une population de plus de 17 millions d’habitants. Selon la Banque mondiale, moins de 10 % des Tchadiens ont accès à l’électricité, un taux parmi les plus bas au monde. La majorité de l’énergie provient de centrales thermiques fonctionnant au diesel, un combustible importé à prix d’or, ce qui rend le kWh tchadien l’un des plus chers d’Afrique. Les centrales vieillissantes, comme celle de N’Djaména (130 MW), sont régulièrement en panne, aggravant les pénuries.

Les tentatives de diversification ont été limitées. Le barrage de N’Djaména, construit dans les années 1970, n’a jamais été modernisé et dépend des caprices du fleuve Chari, dont le débit varie selon les saisons. Les projets de barrages hydroélectriques, comme celui de Bongor (100 MW), promis depuis des années, peinent à se concrétiser en raison de retards administratifs et de financements insuffisants. En 2023, le gouvernement a signé un accord avec la société chinoise Sinohydro pour un barrage de 400 MW à Laï, mais son achèvement est prévu pour 2027 au plus tôt. D’ici là, les Tchadiens devront composer avec des coupures quotidiennes, parfois jusqu’à 18 heures par jour dans certaines zones.

Les coupures d’électricité : un frein à l’économie et à la qualité de vie

Les conséquences des pénuries d’électricité sont dramatiques pour l’économie tchadienne, déjà fragilisée par l’instabilité politique et les chocs climatiques. Les entreprises, en particulier les PME et les industries agroalimentaires, subissent des pertes colossales en raison des interruptions fréquentes. Selon la Chambre de commerce et d’industrie du Tchad, près de 60 % des entreprises locales utilisent des générateurs diesel, une solution coûteuse qui représente jusqu’à 30 % de leurs coûts opérationnels. Les secteurs du textile, de la santé et de l’éducation sont particulièrement touchés, avec des hôpitaux obligés de réduire leurs services et des écoles fermées en raison du manque d’éclairage.

Les ménages payent aussi un lourd tribut. Les familles aisées peuvent s’offrir des panneaux solaires ou des groupes électrogènes, mais pour les plus pauvres, les bougies et les lampes à pétrole restent les seules alternatives, avec des risques accrus d’incendies ou d’intoxication au monoxyde de carbone. Dans les quartiers périphériques de N’Djaména, comme Amtoukoui ou Walia, les habitants organisent des « coups de force » pour protester contre les coupures, bloquant parfois les routes ou incendiant des infrastructures électriques. En 2022, des émeutes ont éclaté après une panne prolongée, faisant plusieurs morts et des dizaines de blessés.

Promesses politiques et solutions lointaines : un tableau en demi-teinte

Face à la crise, les autorités tchadiennes multiplient les annonces. En 2021, le président Mahamat Idriss Déby a lancé un plan de relance du secteur énergétique, promettant 2 000 MW d’ici 2030 grâce à des partenariats avec des investisseurs étrangers. Parmi les projets phares figurent la construction de centrales solaires, comme celle de Doba (50 MW), financée par l’Agence française de développement (AFD), ou encore l’interconnexion avec le Cameroun, qui permettrait d’importer 100 MW supplémentaires. Cependant, ces initiatives se heurtent à des réalités complexes : manque de transparence dans la gestion des fonds, corruption endémique, et difficulté à attirer les investisseurs en raison de l’instabilité politique.

Un autre défi majeur est la dépendance aux énergies fossiles. Bien que le Tchad possède d’importantes reserves de pétrole (3 milliards de barils), leur exploitation n’a pas encore permis de résoudre la crise électrique. La raffinerie de Djarmaya, près de N’Djaména, produit du diesel, mais son coût reste prohibitif pour une utilisation massive dans la production d’électricité. Les experts soulignent l’urgence de développer les énergies renouvelables, notamment le solaire, dont le potentiel est énorme (plus de 300 jours d’ensoleillement par an). Pourtant, les projets comme « Solar for Chad », soutenu par l’Union européenne, peinent à décoller en raison de retards bureaucratiques.

Le Tchad illustre ainsi les paradoxes du continent africain, où les ressources naturelles abondantes coexistent avec des infrastructures défaillantes et une gouvernance souvent inefficace. Malgré les promesses et les financements extérieurs, la population tchadienne continue de payer le prix d’une crise électrique chronique, qui hypothèque son avenir. Pour briser ce cercle vicieux, une refonte en profondeur du secteur est nécessaire, combinant investissements massifs, lutte contre la corruption et diversification énergétique. En attendant, les Tchadiens devront encore patienter, entre bougies et générateurs, dans l’espoir d’un éclair de progrès.

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