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Soudan: six mois après la prise d’El-Fasher, le bilan des violences des FSR reste inconnu

Soudan
Photo : Randy Fath sur Unsplash

Le 15 mai 2024, la ville d’El-Fasher, capitale du Darfour-Nord au Soudan, tombait aux mains des Forces de soutien rapide (FSR), marquant un tournant dans un conflit qui déchire le pays depuis avril 2023. Six mois plus tard, le bilan humain et matériel de cette prise de pouvoir reste largement méconnu, plongé dans l’ombre d’un silence imposé par l’opacité des milices et l’impossibilité d’accès des observateurs indépendants à la région. Entre exactions documentées, déplacements massifs et crise humanitaire exacerbée, la situation à El-Fasher illustre l’impunité persistante qui caractérise la guerre civile soudanaise.

Un silence imposé : l’obstacle majeur à l’évaluation des violences

Depuis la chute d’El-Fasher, les FSR ont consolidé leur emprise sur la ville, verrouillant l’accès aux journalistes, aux organisations humanitaires et aux missions de l’ONU. Les rares témoignages recueillis par des sources locales ou des ONG, comme Human Rights Watch, évoquent des exécutions sommaires, des violences ciblées contre les civils et des pillages systématiques des infrastructures médicales et alimentaires. Cependant, l’absence d’enquêtes indépendantes et la peur des représailles empêchent toute évaluation précise des pertes humaines. Les chiffres avancés par les autorités de facto des FSR, souvent minimisés, contrastent avec les rapports des ONG, qui parlent de milliers de morts et de centaines de milliers de déplacés depuis mai. Cette asymétrie dans l’accès à l’information s’ajoute à la crise de confiance généralisée : les populations locales, majoritairement issues des communautés non-arabes, se méfient désormais de toute communication officielle, craignant des manipulations.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), dont les équipes ont été contraintes de suspendre leurs activités à El-Fasher en octobre dernier, a alerté à plusieurs reprises sur l’aggravation de la crise humanitaire. Les restrictions imposées par les FSR aux livraisons de nourriture et de médicaments, combinées à la destruction des réseaux d’approvisionnement, ont plongé la région dans une famine latente. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), plus de 2,5 millions de personnes sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë au Darfour, dont une grande partie à El-Fasher. Pourtant, les mécanismes de suivi internationaux, comme le système d’alerte précoce de l’ONU, peinent à obtenir des données fiables en raison du black-out imposé par les milices.

L’impunité des FSR : un précédent dangereux pour le Soudan

La prise d’El-Fasher par les FSR s’inscrit dans une stratégie plus large de domination territoriale et ethnique, déjà observée dans d’autres régions du Darfour lors des conflits précédents. Les milices, accusées de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité depuis les années 2000, bénéficient aujourd’hui d’une impunité renforcée par l’affaiblissement de l’État soudanais et le soutien de certains acteurs régionaux. L’absence de condamnations fermes de la part de la communauté internationale, malgré les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, a encouragé les FSR à poursuivre leurs exactions sans crainte de représailles.

Les observateurs soulignent également le rôle ambigu joué par les pays voisins, notamment le Tchad et la Libye, qui servent de bases arrière aux FSR et facilitent le trafic d’armes en provenance de la région du Sahel. Cette porosité des frontières aggrave la propagation des violences et complique toute tentative de médiation. Malgré les appels répétés de l’Union africaine (UA) à un cessez-le-feu immédiat, les négociations de paix, qui devaient reprendre à Genève début décembre, restent dans l’impasse en raison de l’intransigeance des belligérants. Les FSR, désormais en position de force militaire, refusent toute concession territoriale, tandis que l’armée régulière (SAF), bien que fragilisée, maintient une résistance symbolique.

Six mois après la chute d’El-Fasher, le bilan des violences des FSR reste donc une équation insoluble, entre données tronquées, désinformation organisée et indifférence internationale. Pourtant, les indices d’une catastrophe humanitaire en cours ne manquent pas : selon les estimations de l’ONU, plus de 10 000 personnes auraient péri depuis avril 2023 dans la seule région du Darfour, et près de 10 millions de Soudanais ont été déplacés à l’intérieur du pays ou ont fui vers les pays voisins. L’inaction des acteurs globaux face à cette crise, couplée à l’expansion des milices, laisse présager une escalade des violences dans les mois à venir. Sans une intervention urgente pour briser le silence imposé et rétablir un accès humanitaire, El-Fasher pourrait bien devenir le symbole d’un Soudan condamné à l’effondrement.

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