Depuis le coup d’État de mai 2021 qui a porté le colonel Assimi Goïta au pouvoir, le Mali sous la junte militaire fait face à une répression croissante de la liberté d’expression. Les autorités transitoires, qui se présentent comme les garantes de la souveraineté nationale, adoptent des mesures de plus en plus restrictives contre les médias indépendants, les journalistes et les défenseurs des droits humains. Cette tendance, qui s’inscrit dans un contexte de tensions sécuritaires et politiques, suscite l’inquiétude des organisations internationales et des observateurs locaux. Entre fermetures de médias, arrestations arbitraires et intimidations, la liberté de presse au Mali semble aujourd’hui plus menacée que jamais.
Un arsenal juridique et administratif pour museler les voix critiques
Le gouvernement malien a mis en place plusieurs dispositifs pour contrôler l’information et réprimer les dissidences. En décembre 2023, le ministère de la Communication a annoncé la suspension de trois stations de radio privées – Radio Kayira, Radio Nostalgie et Radio RTV – pour des raisons jugées « contraires à l’ordre public ». Ces fermetures, justifiées par des infractions présumées aux règles de diffusion, ont été perçues comme une attaque directe contre la pluralité des médias. Parallèlement, le Code de la communication a été modifié en 2022 pour durcir les sanctions contre les journalistes, avec des amendes pouvant atteindre plusieurs millions de francs CFA et des peines de prison pour diffamation ou « atteinte à la sûreté de l’État ».
Les arrestations de journalistes se multiplient également. En octobre 2023, le reporter Oumar Diarra, correspondant de France 24 et de l’AFP, a été brièvement détenu sans motif clair avant d’être libéré sous pression internationale. Son cas n’est pas isolé : depuis 2021, au moins une dizaine de professionnels des médias ont été incarcérés, souvent sans procès. Les autorités invoquent la lutte contre la « désinformation » ou la « propagande hostile », des termes vagues qui permettent de justifier des mesures répressives. Cette stratégie rappelle les méthodes employées par les régimes autoritaires, où la liberté d’expression est sacrifiée au nom de la stabilité.
Une stratégie de communication contrôlée au service du pouvoir
La junte malienne a également renforcé son emprise sur les médias publics, transformant des chaînes comme l’ORTM (Office de Radio Télévision du Mali) en outils de propagande. Les programmes d’information sont désormais marqués par une couverture biaisée en faveur des autorités, minimisant les critiques et amplifiant les messages pro-gouvernementaux. Les journalistes des médias publics sont soumis à une pression constante pour relayer la narration officielle, sous peine de sanctions disciplinaires. Cette mainmise sur l’information publique s’accompagne d’une marginalisation des médias indépendants, réduits au silence par des restrictions administratives ou des menaces directes.
Par ailleurs, le gouvernement a lancé une campagne de communication agressive pour promouvoir sa légitimité, notamment à travers des conférences de presse et des émissions télévisées dédiées aux « réalisations du régime ». Ces initiatives, souvent présentées comme des gages de transparence, servent en réalité à créer une illusion de débat public tout en étouffant les voix dissidentes. Les réseaux sociaux, autrefois espace de relative liberté, sont désormais surveillés de près. En 2023, plusieurs utilisateurs ont été interpellés pour des publications jugées « subversives », illustrant la volonté des autorités de contrôler l’ensemble des canaux d’information.
La répression de la liberté d’expression au Mali s’inscrit dans un contexte régional plus large, marqué par le durcissement des régimes militaires en Afrique de l’Ouest. Pourtant, les défenseurs des droits humains soulignent que ces mesures ne feront qu’aggraver les tensions internes et affaiblir la crédibilité du pays sur la scène internationale. La junte, qui justifie ses actions par la nécessité de « protéger la patrie », risque de s’isoler davantage, tant sur le plan diplomatique que social. Face à cette dérive autoritaire, la communauté internationale est appelée à réagir fermement pour rappeler au Mali ses engagements en matière de droits humains et de démocratie.